À partir du milieu du XXème siècle, en milieu rural principalement, certaines troupes de théâtre, qui se produisaient souvent jusqu’alors en français, décidèrent d’intégrer peu à peu la langue locale à leurs représentations : il s’agissait de réagir à la perte de vitesse du francoprovençal, dans la vie quotidienne, en faisant entendre celui-ci sur scène.

Dans les deux départements savoyards, qui constituent une seule et même aire culturelle, les soirées théâtrales représentent sans doute aujourd’hui le meilleur vecteur de promotion de la langue francoprovençale/arpitane (appelée localement « savoyard » ou « patois », sans que ce dernier terme ait une connotation péjorative aux yeux des locuteurs).

À partir du milieu du XXème siècle, en milieu rural principalement, certaines troupes de théâtre, qui se produisaient souvent jusqu’alors en français, décidèrent d’intégrer peu à peu la langue locale à leurs représentations : il s’agissait de réagir à la perte de vitesse du francoprovençal, dans la vie quotidienne, en faisant entendre celui-ci sur scène.

Ainsi, ces militants culturels, souvent issus de la JAC (Jeunesse Agricole Catholique) mais également de mouvements laïcs, mirent sur pied un modèle original de soirées théâtrales, qui a peu varié jusqu’à nos jours. Plutôt qu’une seule pièce de théâtre qui occuperait toute la soirée, il s’agit généralement d’enchainer différents formats courts : saynètes, chansons, monologues et histoires drôles. Une pièce d’un format plus long s’intègre parfois à la soirée.

Chaque année, ce sont plusieurs milliers de personnes (20 000 au moins) qui assistent à ces représentations. Les différents groupes de langue savoyarde, réunis depuis 1990 au sein de la fédération Lou Rbiolon, coordonnent leurs efforts pour réaliser un calendrier de représentations, qui s’étale de l’automne au début du printemps.

Lou Rbiolon, Fédération des Groupes de Langue Savoyarde.

Lieu(x) de la pratique en France

Auvergne-Rhône-Alpes, Savoie

Auvergne-Rhône-Alpes, Haute-Savoie

Pratique similaire en France et/ou à l’étranger

Des soirées théâtrales en francoprovençal sont également organisées en Suisse romande, en Vallée d’Aoste (Italie), ainsi que dans les autres départements français de l’aire francoprovençale.

La forme des veillées théâtrales en francoprovençal n’a finalement que peu changé au cours des cinq dernières décennies. On peut toutefois noter, au fil des années, une place croissante laissée à la langue francoprovençale au « détriment » du français. On peut l’expliquer par la volonté des groupes de mettre en valeur leur « patois » sur scène alors qu’il est de moins en moins pratiqué dans la vie quotidienne. Certains groupes (Bellevaux ou Bogève, par exemple), proposent à la fois des représentations en français et en francoprovençal.

Contexte général de déroulement

Chaque groupe organise généralement une représentation annuelle (ou plusieurs représentations successives, le temps d’un long week-end par exemple). Celle-ci a lieu à la même époque chaque année, dans une salle polyvalente mise à disposition par une mairie des environs. Seul le groupe des Balouriens de Chainaz a adopté un autre modèle : du fait du succès rencontré par ses pièces, il effectue une véritable tournée hivernale, qui le mène chaque année dans au moins une dizaine de communes des deux départements, à l’invitation d’associations locales.

Les veillées se déroulent en soirée (vendredi ou samedi principalement) ou le dimanche après-midi. Souvent, un repas est servi au public (les bénéfices engrangés servent à financer les activités du groupe), et les différentes pièces et saynètes sont jouées entre les différents plats.

Le groupe des Patoisants de l’Albanais (Rumilly, Haute-Savoie) a développé depuis les années 1970 le concept des gromailles : le public casse collectivement des noix, sur le modèle des veillées entre voisins organisées dans l’ancien monde rural. Puis les cerneaux sont ramassés et seront pressés dans les jours suivants pour faire de l’huile. Les participants assistent ensuite à une soirée de saynètes et chants en francoprovençal, accompagnée d’un repas.

Jusqu’au début des années 2000, ce même groupe des Patoisants de l’Albanais proposait également une grande veillée théâtrale à l’issue de la Balouria, fête des vieux métiers organisée chaque année dans les rues de Rumilly. Cette fête existe toujours, mais n’est plus suivie d’un spectacle.

Déroulement d’une veillée

Les veillées proposent généralement une alternance de saynètes, monologues, histoires drôles, chansons et courtes pièces de théâtre.

Pièces de théâtre : Elles ne sont généralement pas longues (une trentaine de minutes maximum) et sont écrites par les membres du groupe de manière collective. Certaines troupes ont un auteur attitré, tel Gérard Brunier (né en 1949) qui écrit chaque année les pièces pleines d’humour des Balouriens de Chainaz.

L’intrigue se déroule habituellement dans le monde rural savoyard, et les personnages sont à l’image de ceux qu’on pouvait rencontrer dans l’ancienne civilisation paysanne (agriculteurs attachés à leur terroir, maquignon, curé, instituteur…). Le monde contemporain, de même que les sujets d’actualités, sont souvent évoqués, mais du point de vue de ces personnages « d’une autre époque » qui découvrent ainsi Internet, les réseaux sociaux, etc., et plus largement doivent faire face au changement de civilisation qui bouleverse leur mode de vie.

Saynètes : De format plus court que les pièces de théâtre (5 à 10 minutes), elles permettent notamment aux enfants de s’essayer à la scène sur des formats courts.

Monologues : Un personnage est seul sur scène et récite un poème ou raconte une histoire en prose. Il peut s’agir d’un texte issu du répertoire des « grands auteurs » en langue francoprovençale des XIXème et XXème siècles (tels que Just Songeon, 1880-1940), ou d’une création récente écrite spécialement pour le spectacle.

Histoires drôles : Souvent racontées depuis le bord de scène lors d’un changement de plateau, afin de faire patienter les spectateurs, les histoires drôles en francoprovençal font toutefois partie intégrante des veillées. Certains acteurs s’en sont fait une spécialité, tel Gérard Brunier des Balouriens de Chainaz, qui a même sorti deux DVD autoproduits compilant ses meilleures histoires (« Léz istoére d’Célestin » / « Les histoires de Célestin »).

Commentaires sur l’actualité locale : Certaines troupes, comme les Reclan deu Shablè (Thonon-les Bains) ou la Band’a Fanfoué (Reignier), proposent chaque année, dans leur veillée, une sorte de bilan de l’année écoulée, axé sur la vie politique savoyarde. Ce sont souvent des membres expérimentés du groupe, fins locuteurs, qui s’en chargent. Il s’agit notamment de taquiner les élus locaux (d’ailleurs souvent présents dans la salle !), particulièrement quand la veillée se déroule en période électorale.

Chansons : La chanson occupe une place importante dans ces veillées théâtrales. La Savoie a en effet une tradition de chant polyphonique collectif, documentée par les ethnomusicologues depuis l’époque de Claudius Servettaz (1871-1926), collecteur de chansons traditionnelles qui fut le premier à noter sur partition des exemples de polyvocalité. Le style de chant a évolué au cours des dernières décennies, du fait de l’influence du chant choral harmonisé, ce que regrettent certains militants culturels (ainsi, Odile Lalliard, vice-présidente des Rbiolon, estime que « le chant choral a tué le chant populaire savoyard »). De plus, si les comédiens de l’ancienne génération (nés avant les années 1930-1940) étaient également la plupart du temps de bons chanteurs, la pratique s’est quelque peu perdue. Toutefois, les troupes ont généralement maintenu la tradition d’interpréter collectivement une ou deux chansons lors de chaque veillée.

Les veillées des années 1970-1980 laissaient également largement la place à des chanteurs solistes ou en duo, habitués à se produire sur scène comme lors de différents moments de convivialité de la vie communautaire (repas de mariage, rassemblements dans les cafés, etc.). Certains ont marqué les mémoires, tels Joseph Constantin (groupe patois de Reignier, future Band’a Fanfoué) ou Paul Carrier (Patoisants de l’Albanais). Ils ont leurs héritiers dans les veillées d’aujourd’hui, même si globalement la qualité générale d’interprétation a quelque peu baissé.

Le répertoire interprété dans les veillées en ce premier quart du XXIème siècle est composite et d’ancienneté variable :

1- Chansons de tradition orale : issues du vieux fonds de chansons traditionnelles répandues dans toute la francophonie, et notamment répertoriées par Patrice Coirault (1875-1959), elles sont connues et appréciées en Savoie aussi. Elles sont généralement en français, mais certains groupes en proposent une traduction en francoprovençal.

2- Compositions des chansonniers en langue francoprovençale des XIXème et XXème siècles : citons les différents représentants de « l’école de l’Albanais » (issus de la région de Rumilly, tels que Charles Collombat 1821-1865 ou Aimé Marcoz d’Ècle 1856-1906, mais également des auteurs contemporains tels que Fernand Tavernier, né en 1942, ou Lucien Viret, 1948-2014).

3- Chansons récentes issues du « néo-folklore » : elles passent souvent pour « traditionnelles », alors qu’elles ont été écrites au cours des dernières décennies, et ont séduit les chanteurs locaux par leur thématique (glorification de la vie en montagne ou de l’identité savoyarde). La plus connue est sans doute « Étoile des neiges », chanson de variétés popularisée par Jacques Hélian en 1947, puis par Line Renaud. Certaines troupes proposent également des traductions en francoprovençal de chansons traditionnelles ou de music-hall à l’origine interprétées en français (c’est le cas par exemple du groupe Lo Patoué du Salève de Cruseilles).

Accompagnement musical : L’accordéon chromatique est l’instrument central de ces veillées. Au cours du XXème siècle, il a peu à peu remplacé, dans la musique savoyarde, tous les instruments plus anciennement implantés qui faisaient danser dans l’ancien monde rural (notamment le violon). Il sert à accompagner les chansons, et certains musiciens proposent des interprétations solistes, notamment lors des entractes.

Certaines troupes tiennent toutefois à mettre en avant d’autres instruments. Les Balouriens de Chainaz et les Patoisants de l’Albanais ont par exemple souvent invité sur scène, dans les années 1980, le violoneux de tradition orale du Val d’Arly André Ouvrier-Bonnaz (1928-2007). Ces dernières années, les Reclan deu Shablè (Thonon-les-Bains) remettent à l’honneur la vielle à roue, autrefois instrument symbolique de la Savoie (car joué par les « petits Savoyards » qui mendiaient dans les rues des grandes villes de France et d’Europe aux XVIIIème et XIXème siècle), et dont leur président Sylvain Boudou a appris à jouer.

Le francoprovençal, dans sa variante savoyarde. Certaines pièces et saynètes peuvent être bilingues (français / francoprovençal). Le répertoire chanté est parfois en français.

Patrimoine bâti

Les différentes salles polyvalentes ou paroissiales des deux départements savoyards où sont organisées ces soirées théâtrales.

La pratique du théâtre en francoprovençal est, depuis les années d’après-guerre, le meilleur vecteur d’apprentissage de la langue. Les différentes troupes regroupent aussi bien des locuteurs de naissance que des néo-locuteurs, et ces derniers apprennent donc la langue auprès de leurs aînés.

Plusieurs groupes organisent, en dehors des répétitions pour les spectacles, des cours de « patois », ouverts à tous (acteurs dans les soirées théâtrales ou non). Les élèves débutants sont souvent invités à monter sur scène après quelques mois de pratique seulement, lors de courtes saynètes qui leur mettent le pied à l’étrier et les aident à progresser.

Les différents membres des groupes de langue savoyarde affiliés à Lou Rbiolon. Cette fédération rassemble 27 associations à jour de cotisation en 2021. La plupart proposent des soirées théâtrales à l’échelle de leur vallée ou de leur « pays » traditionnel. Certains, comme les Balouriens de Chainaz, tournent dans les deux départements (entre 10 et 15 dates par an).

Les traces les plus anciennes de la pratique du théâtre populaire en Savoie datent remontent au XVIe siècle, grâce aux manuscrits de « mystères » retrouvés en Maurienne par Florimond Truchet (1842-1916). Ces textes sont en français : si le francoprovençal est alors la langue parlée au quotidien par toute la population, les évêques ont imposé le français comme langue du sermon dominical et des mystères… alors qu’à la même époque, dans les vallées dauphinoises voisines de culture occitane (en Briançonnais par exemple), les mystères sont donnés en occitan.

Cette tendance savoyarde à privilégier la « langue du Roi » (comme le français était parfois appelé localement) par rapport à la langue du quotidien (le francoprovençal) se retrouve dans les siècles suivants. Si, à partir du XIXème siècle, de nombreux auteurs « patoisants » savoyards publient leurs œuvres, il s’agit le plus souvent de récits et de chansons, non destinés initialement à une interprétation scénique. Il faut remonter aux années suivant la Première Guerre mondiale pour trouver la trace de pièces de théâtre ou saynètes écrites intégralement en francoprovençal. Elles sont publiées dans la revue Le Cmaclie, par un collectif réuni autour de l’écrivain Just Songeon, dit Le P’tiout d’la Comba (1880-1940). Ces militants culturels, bien souvent enseignants et laïcs (Songeon lui-même est instituteur à Annemasse, et engagé dans la cellule locale du Parti Communiste Français), ont l’occasion à l’époque de jouer ces pièces, parfois dans des cafés.

Dans une Savoie d’avant-guerre encore marquée par une forte opposition entre « rouges » et « blancs » (par exemple, on a souvent dans un même village deux fanfares, l’une d’obédience laïque et l’autre d’obédience religieuse), c’est toutefois principalement dans un cadre religieux que les villageois ont l’occasion de s’essayer au théâtre, lors de fêtes de patronage encadrées par l’Église. La langue française est là encore privilégiée, mais elle est souvent émaillée de termes issus du francoprovençal, alors compris par tout le monde. C’est aussi le cas de certains spectacles de plus grande ampleur qui, tout en ne dépassant pas une renommée régionale, sont donnés par des artistes professionnels ou semi-professionnels. Citons par exemple la pièce « Une heure chez la Fanchon » (1931), dont le personnage central est une paysanne savoyarde pleine de bon sens qui s’exprime parfois en français, parfois en « patois ».

Progressivement, au milieu du XXe siècle, alors même que dans la vie quotidienne, la langue commence à perdre du terrain au profit du français, elle va être de plus en plus présente dans le théâtre populaire villageois. Certains membres de la troupe des Balouriens de Chainaz (fondée en 1976) tels que les quasi homonymes Maurice Viviant et Maurice Viviand, nés dans les années 1930, se souviennent avoir dès leur enfance joué dans des petites pièces en « patois » dans le cadre de fêtes paroissiales, parfois organisées dans les granges de certaines fermes.

C’est à partir de l’immédiat après-guerre (fin des années 1940, début des années 1950) que la pratique du théâtre patoisant va se propager, principalement  dans le cadre de la JAC (Jeunesse Agricole Catholique). Ce mouvement, destiné à améliorer les conditions de vie des jeunes paysans, ne se contente pas de promouvoir les nouvelles techniques de production agricole (notamment la mécanisation et l’utilisation d’engrais). Ses activités ont également un volet culturel, et permettent à toute une génération de faire du théâtre ou de chanter ensemble, notamment dans le cadre des « Coupes de la joie », concours culturels et sportifs organisés dans toute la France. Les gagnants au niveau départemental participent à la finale nationale. Ainsi, Odile Lalliard se souvient de la qualification de ses cousins plus âgés qu’elle, originaires de la région de Reignier (Haute-Savoie), à la demi-finale de cette compétition au début des années 1950, avec un répertoire théâtral et chanté en langue francoprovençale. Un personnage joue un rôle central dans ce paysage culturel de ces « années JAC » : il s’agit de Pierre Granger (1926-1986), locuteur du francoprovençal originaire de La Biolle (Savoie) et qui devient à cette époque permanent de la JAC au niveau national, organisant notamment l’opération « La joie au village » (concours de contes, chants et jeux).

Les années 1970 constituent un autre moment clé dans le développement du théâtre en francoprovençal. La vieille opposition entre militants culturels laïcs et catholiques est alors moins prononcée, et ces deux tendances autrefois rivales se retrouvent autour de la défense de la langue. La création dans de nombreuses communes de MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture) leur permet de se fédérer autour de projets communs. Un bon exemple est celui de Reignier (Haute-Savoie) : Joseph Montant, responsable de la MJC locale qui deviendra par ailleurs maire de la commune, propose à des patoisants ayant joué dans des pièces de patronage dans l’avant-guerre, dont François Vachoux,  de remonter sur scène pour la MJC. Ils travaillent en lien étroit avec François Soudan, issu du théâtre laïc (troupe des « Comédiens de la Pierre aux Fées »), ce qui mènera à la création du « Groupe patois de la MJC Reignier » (future « Band’a Fanfoué »). D’autres piliers du théâtre en francoprovençal toujours actifs aujourd’hui démarrent leurs activités à la même époque : citons les Balouriens de Chainaz (fondés en 1976) ou les Reclan deu Shablè à Thonon-les-Bains (qui commencent leurs activités en 1975 et déposent les statuts de leur association en préfecture en 1978).

Dans les années 1980 et 1990, alors que les locuteurs de naissance se font de moins en moins nombreux, ces troupes théâtrales se produisent devant un public constitué en bonne partie de « locuteurs passifs » (qui comprennent la langue mais ne la parlent pas ou peu) et les salles ne désemplissent pas. Ces veillées théâtrales constituent l’un des rares contextes où l’on peut encore entendre le « patois ». Les troupes organisent des cours pour permettre aux nouvelles générations d’apprendre et pratiquer le francoprovençal. Notons aussi l’influence de certains enseignants qui sensibilisent leurs élèves à la langue, et les font parfois monter sur scène lors de soirées théâtrales : citons par exemple Fernand Tavernier (né en 1942), pilier de la troupe des Balouriens de Chainaz et qui, de la fin des années 1960 à son départ en retraite dans les années 1990, apprendra le francoprovençal à plusieurs générations d’écoliers de Chainaz-les-Frasses (Haute-Savoie). Marc Bron (né en 1962), professeur au collège de Boëge (Haute-Savoie), fera lui aussi participer beaucoup de ses élèves aux spectacles des Reclan deu Shablè.

En ce début de XXIe siècle, ce modèle est toujours en place et une bonne cinquantaine de veillées sont généralement organisées chaque année dans les deux départements savoyards. Il arrive encore que des troupes nouvelles se montent, rassemblant toutes les générations (citons deux exemples hauts-savoyards de troupes constituées au XXIème siècle : Lou Patoué du Salève à Cruseilles et Sleu d’Damo à Évires). La crise lié à la covid-19, en 2020-2021, constitue toutefois un coup d’arrêt, la plupart des spectacles prévus étant annulés du fait de la crise sanitaire.

Les différentes troupes doivent faire face à la raréfaction des locuteurs de naissance dans leurs rangs, ainsi que dans ceux du public. Certaines troupes (les Balouriens de Chainaz par exemple) remettent ainsi à l’entrée de leurs spectacles un lexique proposant la traduction de certaines des expressions les plus difficiles à comprendre dans le texte des différentes pièces et saynètes.

Par ailleurs, afin d’éveiller leur intérêt pour la langue, un  effort certain est fait envers les jeunes générations. Citons par exemple l’organisation annuelle du concours « Constantin Désormaux » (du nom de deux spécialistes de la langue ayant publié un « Dictionnaire savoyard » en 1902) : les classes participantes (écoles primaires principalement) y présentent devant un jury de spécialistes les travaux autour du francoprovençal préparés avec leur enseignant durant l’année.

Pour maintenir la pratique du chant, Lou Rbiolon ont créé en 2005 le concours « Albert Bouchet » (du nom du militant culturel, décédé en 2004, qui avait initié ce concept) : les participants interprètent devant un jury une chanson en francoprovençal (issue du répertoire traditionnel, de celui des grands auteurs patoisants, ou d’une création contemporaine).

 

Vitalité

Si l’arrivée de l’épidémie de covid-19 en 2020 a marqué un coup d’arrêt pour ces soirées théâtrales, la pratique était encore très vivante jusqu’en 2019, avec une bonne cinquantaine de dates recensées chaque année dans les deux départements savoyards. Les différentes troupes ont pour la plupart le projet de reprendre leurs activités à l’issue de la crise sanitaire.

Menaces et risques

Le nombre de locuteurs du francoprovençal est en forte baisse, et la génération des locuteurs de naissance, dont les plus jeunes sont nés dans les années 1940 et 1950, cherche à transmettre le flambeau aux jeunes générations. Grâce au travail de certains enseignants, et du fait d’une certaine transmission familiale (enfants et petits-enfants des acteurs), les moins de quinze ans sont relativement nombreux sur scène, mais les adolescents et jeunes adultes sont ensuite moins disponibles (études, entrée dans la vie professionnelle).

Modes de sauvegarde et de valorisation

La pratique du théâtre en francoprovençal est encore très vivante, malgré les menaces et risques évoqués ci-dessus.

Actions de valorisation à signaler

Lou Rbiolon a mis en place depuis 2019 un plan de numérisation, documentation et mise en ligne  des archives de ses différents groupes réalisé par Terres d’Empreintes et mis en ligne sur la base « Mémoire Alpine » de l’écomusée Paysalp). La fédération a également créé en 2019 un site Internet (www.lourbiolon.com) permettant la mise en valeur des activités des groupes.

Par ailleurs, différentes publications ont été réalisées ces dernières années, notamment le livre-CD « Triolèt, chansons savoyardes » (Lou Rbiolon / Terres d’Empreintes, 2015) autour du répertoire chanté (avec une préface de l’écrivain et homme de théâtre Valère Novarina).

Modes de reconnaissance publique

La plupart des groupes reçoivent des subventions des collectivités territoriales pour financer leurs activités. Certaines aides sont en nature (mise à disposition gracieuse de salles polyvalentes, par exemple). Les collectivités territoriales (Région Auvergne-Rhône-Alpes, Département de la Haute-Savoie, Conseil Savoie-Mont-Blanc) ont financé depuis 2019 le plan de numérisation des archives des groupes membres de Lou Rbiolon (voir plus haut). En 2021, un programme de dépôt des archives originales a été mis en place aux Archives Départementales de la Haute-Savoie.

Les groupes membres de la fédération Lou Rbiolon militent pour la reconnaissance du francoprovençal par l’Éducation Nationale. Cette reconnaissance permettrait la nomination d’enseignants dans les collèges et lycées, et la mise en place d’une option « francoprovençal » au baccalauréat (les quelques élèves ayant jusqu’à maintenant souhaité passer cette option ont dû s’inscrire en « occitan » dans des départements extérieurs aux Pays de Savoie où cette langue est enseignée, et expliquer aux examinateurs qu’ils allaient en fait s’exprimer dans une autre langue !). Au moment où cette fiche est rédigée (début 2022), cette reconnaissance par le Ministère vient de se concrétiser, mais sans pour autant que des créations de postes soient prévues dans un avenir proche.

Inventaires réalisés liés à la pratique

Depuis 2019, inventaire des archives des groupes de la Fédération Lou Rbiolon, en lien avec Terres d’Empreintes, donnant lieu à leur numérisation, leur documentation et leur mise en ligne.

Bibliographie sommaire

Aubert, Lucinda, La résurgence du francoprovençal à travers les groupes de théâtre en patois, mémoire de maîtrise, Université Lumière Lyon 2, 2004

Centre de la Culture Savoyarde, Quand les Savoyards écrivent leur patois, Conflans, CCS, 1997

Cmaclie (Le), Cahiers périodiques savoyards illustrés, Annecy/Annemasse, plusieurs numéros parus dans les années 1920

Collectif, Noutro teatro, Aoste (Italie), Musumeci, 1986

Runnalls, Graham A., Les mystères dans les provinces françaises (en Savoie et en Poitou, à Amiens et à Reims), Paris, Honoré Champion, 2003

Triolèt, chansons savoyardes (livre + CD), Annecy : Lou Rbiolon / Terres d’Empreintes, 2015

Tuaillon, Gaston, « Le franco-provençal. Langue oubliée » in Vermes, Geneviève (Dir.), Vingt-cinq communautés linguistiques de la France. Tome 1. Langues régionales et langues non territorialisées, Paris, L’Harmattan, 1988

Filmographie sommaire

Plusieurs groupes de théâtre en langue savoyarde produisent des DVD (et anciennement, des VHS) de leurs spectacles, à l’attention de leurs membres principalement. Le groupe des Balouriens de Chainaz vend ses DVD au public à la fin de ses représentations (exemple : On hivé u Gro Mozhon, 2015).

Sitographie sommaire

Le blog des Balouriens, théâtre en savoyard : http://www.lesbalouriens.com (consulté le 5/1/2022)

Lou Rbiolon, Fédération des groupes de langue savoyarde : https://www.lourbiolon.com

Mémoire Alpine : https://www.memoire-alpine.com

Terres d’Empreintes : http://www.terresdempreintes.com

Praticiens rencontrés et contributeurs de la fiche

Vachoux, Régis, Président de la Fédération Lou Rbiolon. 2347 route du Plateau des Bornes 74930 Arbusigny / 04 50 94 50 40 / régis.vachoux@orange.fr
Lalliard, Odile. Vice-Présidente et ancienne Présidente de la Fédération Lou Rbiolon. 45 Quai Ripaille 74200 Thonon-les-Bains / 06 11 27 09 97 / odilelalliard@gmail.com

 

Rédacteur de la fiche :

Veillet, Guillaume. Référent scientifique, association Terres d’Empreintes, Annecy (Haute-Savoie). 16 rue des Grandes Teppes 74600 Seynod/Annecy. Tel. 06 18 08  91 35 / contact@terresdempreintes.com ou guillaume.n.veillet@gmail.com

 

Données d'enregistrement :

Date de remise de la fiche : Février 2022
Année d’inclusion à l’inventaire : 2022
N° Ministère de la Culture : 2022_67717_INV_PCI_FRANCE_00509
Identifiant ARKH : <uri>ark:/67717/nvhdhrrvswvkswq</uri>

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