La culture du carillon

L'art de carillonner est celui de faire sonner un ensemble de cloches harmonisées et homogènes, en actionnant un clavier manuel dit clavier à coups de poing.

Le carillon est un instrument composé d'un nombre de cloches lui permettant l'interprétation de pièces musicales des plus variées.

L'art campanaire

L'art campanaire concerne l'ensemble des professions artistiques et techniques liées à l'utilisation des cloches. Les origines de cet art se perdent dans les nombreuses traditions ethniques de notre planète. Cependant, de tout temps, et quels que soient leurs formes et leurs matériaux, les cloches ont été utilisées
pour appeler, avertir, informer, communiquer. Puis, la conjonction de plusieurs d'entre elles a permis de créer une musique.
L'art campanaire est en premier lieu l'art de ceux qui réalisent les cloches, conçoivent leurs formes, leurs profils, mais entre la réalisation d'une sonnaille destinée au cou des bêtes en pâturage, et celle des cloches de carillon, il y a la même distance qu'entre un sifflet et une flûte traversière.
À l'heure du son numérique et du déferlement de musiques de toutes sortes, la vibration des cloches conserve une place remarquable dans la vie de chacun.
En premier lieu, lorsqu'on évoque les cloches, on entend celles qui, lancées à la volée, résonnent de leur toute puissance dans les clochers de nos églises et cathédrales. L'art religieux et l'art campanaire ont toujours été étroitement liés. On n'installe pas de cloches à posteriori dans une tour d'église, mais on conçoit les structures de cette tour, en disposition et en solidité, afin qu'elle puisse devenir clocher. Les mouvements des cloches et leurs vibrations imposent en effet des contraintes dans la réalisation des constructions qui doivent les accueillir.

La France campanaire

La France est un territoire d'une culture campanaire millénaire, à l'origine essentiellement religieuse, puis qui s'est développée conjointement dans le domaine laïc, dès la création des communes et la construction des beffrois. Imprégnés des traditions et modes de vie locales et régionales, ces ensembles campanaires ont généré le développement de pratiques instrumentales par lesquelles ils se sont intégrés dans les cités et y sont devenus des voix vernaculaires.
Dans ses différentes formules instrumentales, l'ensemble de cloches, et en particulier le carillon, qui informe, prévient, rassemble, alerte, fête, donne les repères de temps, est resté l'un des premiers acteurs de la cohésion sociale d'une cité et en même temps, l'un des éléments les plus remarquables d'identification de cette cité.
En France, le paysage campanaire physique contemporain est le résultat d'une histoire très diversifiée régionalement. Y cohabitent donc des éléments d'un patrimoine ancien et des réalisations récentes, du XXe siècle, dues à des fondeurs, eux-mêmes détenteurs d'un savoir-faire hérité de nombreuses générations de prestigieux praticiens.
Actuellement, plusieurs fondeurs français pérennisent l'art de la facture des cloches. L'un d'eux, le fondeur Paccard, d'Annecy, est tourné plus particulièrement vers la réalisation des carillons, dans l'optique permanente de l'évolution de l'instrument.

Le carillon

Le carillon est un instrument composé d'un nombre de cloches lui permettant l'interprétation de pièces musicales des plus variées. Si, étymologiquement, le terme de carillon peut être rapproché de celui de "quadrillon" qui désigne , historiquement, un ensemble de quatre cloches, l'art du carillon n'a pu se développer que par l'existence d'ensembles campanaires plus importants, offrant des possibilités musicales très élargies.
La Fédération Mondiale du Carillon n'admet d'ailleurs de décerner le vocable de "carillon" qu'aux instruments dotés d'au moins 23 cloches. Dans ce domaine, la France présente un parc très important d'instruments (56 répertoriés) . On compte en effet ,sur le territoire, 30 instruments possédant de 23 à 45 cloches, 19 instruments dotés de 46 à 59 cloches, et 7 grands ensembles de 60 cloches et plus, le plus imposant d'entre eux étant le carillon de Chambéry avec ses 70 cloches.
Quelques exemples dans les différentes régions de France : Bergues (Nord) : 50 cloches ; Saint-Quentin (Aisne) : 37 cloches ; Pamiers (Ariège) : 49 cloches ; Beaune (Côte d'Or) : 23 cloches etc...)
Dans le cas d'ensembles campanaires ne regroupant qu'un petit nombre de cloches (4 ou 5), le tintement des cloches peut être obtenu par traction manuelle sur des cordes reliées directement aux battants de ces cloches . Ce jeu traditionnel se perpétue de manière très vivace dans certaines régions de France. Ex : Champignol lez Mondeville (Aude) ; Montégu (Aisne) ; Ceillac (Hautes Alpes).

De l'accroissement du nombre de cloches d'un même instrument est né le besoin de concentrer les commandes vers ces cloches, grâce à un dispositif de transmission reliant le carillonneur et ses campanes, ainsi que la nécessité de créer un modèle de clavier spécifique . On situe vers le début du XVIe siècle, en Flandre, la naissance du premier clavier de carillon (1510). Depuis cette époque, la structure du clavier a évolué dans la perspective d'apporter à l'exécutant une plus grande facilité de jeu, une manipulation plus homogène et confortable ; mais le principe de base est resté le même : le carillonneur obtient le tintement des cloches en frappant les touches de son clavier à l'aide des poings (d'où le vocable de "clavier à coups de poings"), ces impulsions se transférant aux battants de ces cloches par l'intermédiaire d'un dispositif de transmission composé de tiges métalliques, d'équerres de renvoi et d'abrégés (comme sur l'orgue).
On joue du carillon avec les mains , mais aussi avec les pointes de pieds, sur un pédalier composé de touches plus larges et concernant davantage les cloches les plus graves. Jouer du carillon est tout d'abord un acte musical permettant l'interprétation de pièces appartenant à des répertoires variés, grâce à un instrument à percussion aux possibilités sonores très riches. C'est aussi un engagement physique important sur un clavier d'une manipulation parfois assez lourde eu égard aux spécificités même de l'instrument (masse des battants à déplacer, longueur de transmission entre clavier et cloches..). D'autre part, comme à l'orgue, l'utilisation du pédalier impose une indépendance des mouvements entre mains et pieds.

Carillon de concert et automatisme

La pratique manuelle du carillon doit sa naissance à l'installation, dès le moyen-âge, dans les beffrois, auprès de la grosse cloche sonnant les heures, d'un ensemble de petites cloches, appelées "appiaux", destinées à appeler l'attention du public, par le jeu d'une mélodie, d'une ritournelle, déclenchée par un dispositif automatique. Ces ensembles de petites cloches, de plus en plus nombreuses dans certains clochers, ont progressivement constitué de véritables instruments de musique. Le jeu automatique des carillons a perduré jusqu'à nos jours, continuant à scander la vie des habitants de la ville, et constituant une véritable identité sonore locale. Traditionnellement, les ritournelles prennent naissance dans la rotation d'un gros cylindre à taquets, entraînant, par l'intermédiaire d'une transmission par fils métalliques, les mouvements des marteaux sur les cloches.
Les dispositifs modernes d'automatisme au service des carillons ont laissé place maintenant à la programmation informatique. Le plus souvent, les carillons sont dotés des dispositifs techniques permettant les deux modes de jeu : jeu automatique programmé pour le déclenchement des ritournelles, et jeu manuel sur clavier à coup de poings, pour l'interprétation d'un programme d'audition ou de concert.

Carillons ambulants

Afin de permettre à des quartiers, des villes ou des régions ne possédant pas de carillon, de jouir de l'art campanaire, les facteurs de carillon ont créé des instruments ambulants, aux dimensions parfois imposantes .
Ces carillons ambulants, installés à l'arrière de camions ou sur des remorques, permettent d'aller vers le public, pour répondre à des demandes les plus variées d'animations ( carnavals, animations de marchés, interventions en milieu scolaire). Ils sont aussi un atout dans la création de formules musicales faisant intervenir d'autres instruments (concert de carillon et instrument soliste, carillon et chant ; carillon et orchestre etc...). Ex : carillon ambulant de Douai (Nord) : 53 cloches – 4 045 kg (association : ARPAC).

Être carillonneur

Par opposition aux autres domaines musicaux, le jeu du carillonneur est géographiquement attaché à l'implantation de son instrument. Dans la majorité des cas, les carillons sont installés dans les beffrois des hôtels de ville, à l'intérieur de tours communales indépendantes, ou dans les clochers des églises.
Être carillonneur, c'est donc être un musicien public, pour le public, au service d'un des plus gros instruments de musique conçu par l'homme, pour créer et interpréter une musique populaire par excellence. Être carillonneur, implique donc de s'induire dans la vie et l'actualité d'une cité, d'une région, et le plus souvent, de transmettre une tradition musicale locale .
Le carillonneur titulaire d'un ensemble campanaire a donc, implicitement, en charge l'animation musicale liée à son instrument au sein d'une agglomération, ou d'un quartier de ville. Il propose des auditions, mais aussi se doit de répondre aux rendez-vous donnés par le calendrier des fêtes traditionnelles locales.
D'autre part, il est intervenant, dans un dispositif tripartite, auprès du propriétaire de l'instrument et du facteur de carillon, dans le cadre de l'entretien de cet instrument. De même, il est le plus souvent amené à se charger de la gestion de l'automatisme (création des ritournelles)
Dans la tradition campanaire, le carillonneur doit aussi, dans la mesure de ses possibilités, être technicien afin de savoir intervenir rapidement sur la mécanique de son instrument.

Les ensembles campanaires représentent, sur le territoire, une très grande diversité d'instruments de musique de part leur origine, leur ancienneté, leur importance en nombre de cloches, le type de construction qui les abrite, la disposition et le mode d'installation des cloches etc.
Pour les carillons à clavier, les instruments diffèrent également par les normes de ces claviers, par les types de transmission entre clavier et cloches et par l'étendue des tessitures. Le carillon n'est donc pas, pour le moment, un instrument normalisé, standardisé, ce qui, pour l'exécutant peut parfois poser des problèmes d'adaptation. Si cette diversité est l'une de ses particularités, elle constitue également sa richesse, car elle génère des palettes sonores et des jeux différents.
La personnalité sonore de chaque ensemble campanaire est bien sûr à relier directement avec celle du fondeur qui l'a réalisé. Même si les techniques de réalisation sont proches, car fruits de méthodes séculaires reconnues, chaque entreprise se différencie des autres par des secrets de coulée, des profils de cloches
spécifiques etc...
Le territoire français regroupe encore actuellement, et principalement, quatre grandes entreprises de fabrication de cloches et donc d'ensembles campanaires destinés aux tours et clochers.


- La fonderie Paccard, à Sévrier (74) (crée en 1796), qui s'est notamment spécialisée dans la réalisation des carillons.
- La fonderie Bollée, à Saint-Jean de Braye (45), près d'Orléans ( depuis 1838)
- La Fonderie Cornille-Havard, à Villedieu les Poêles (50)
- L'entreprise Voegele, fondeur depuis l'an 2000, à Strasbourg (67)

De nombreux ensembles campanaires de toutes dimensions se répartissent sur l'ensemble des régions françaises.
Pour les 56 carillons de 23 cloches et plus de la France métropolitaine, ainsi que pour le carillon français de Cilaos (Ile de la Réunion), voir la liste figurant sur le site de la Fédération Mondiale des Carillonneurs. (Fédération mondiale de carillon)

L'existence du riche patrimoine campanaire français a créé les fonctions habilitées à le mettre en pratique: celles de sonneur, de trèzeleur, de carillonneur, transmetteurs de l'événementiel ou d'un langage artistique auprès des habitants de la cité.
Ces fonctions, ces responsabilités, ces héritages du savoir-faire, ont pu se transmettre jusqu'à nos jours de manière informelle ou formelle.
De manière informelle, l'enseignement du jeu des cloches a pu se faire in situ, par la pratique directe, de maître à apprenti, sur l'instrument même. Cette filiation a permis de sauvegarder ou de faire renaître, mais aussi de créer de nombreuses pratiques traditionnelles.

Ex: - Pratique du Nadalet en différentes régions de France, à partir du carillon de Castres qui a perpétué sans interruption cette sonnerie.
- Sonnerie des Aubetas sur 14 ensembles campanaires en Basse Ariège
- Jeux sur trézels et quadrillons, en tirage manuel, en Champagne et Picardie.
- Pratique du carillon sur instruments de petites étendues sonores….

Le jeu campanaire a pu également se transmettre, jusqu’à aujourd’hui, dans le cadre familial. De nombreux exemples montrent que l’on était carillonneur de père en fils, ou d’oncle à neveu. Dans le cadre d'une transmission formelle, l'art du carillon est enseigné à l'intérieur de classes de conservatoires, au côté des autres disciplines instrumentales (classes de carillon de Douai, de Tourcoing, d'Hondschoote, de St-Amand-les-Eaux, de Pamiers, de Perpignan….)
Cette transmission du savoir-faire trouve son prolongement dans l'organisation de stages de formation organisés par les associations ou les écoles. Ex: Stage de formation proposé par l'association "Carillon en pays d'Oc" '(Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc, Provence – Côte d'Azur).

D'après Patrice Botteau ; revue "L'Art Campanaire" n°47 ; G.C.F. 2001

Origines
Il est permis de penser que l'antiquité connaît les cloches. La robe du Grand Prêtre du Temple de Jérusalem n'était-elle pas garnie de clochettes ornementales, symbole d'un instrument déjà existant et populaire ?
Tout porte à croire que l'antiquité use de carillons rudimentaires et les réalisations chinoises de cette époque, à la base des instruments de percussion, semblent devoir être considérées comme les ancêtres des carillons actuels. Dès le IXe siècle, des clochettes furent fixées sur les consoles des orgues positifs et frappées au
moyen de marteaux par les organistes, tel Perrotin le Grand au XIIe siècle, à Notre-Dame de Paris. De nombreux manuscrits médiévaux, de nombreux bas-reliefs de portails des cathédrales nous montrent des moines jouant d'instruments semblables, attestant du développement de cet art aérien avant le XIIIe siècle.
Le musicien portait le titre de "batteleur de cloches" et ses deux marteaux étaient dits "clipotiaux".
C'est à Lyon qu'apparaît une distinction entre "sonner" et "carillonner" les grandes cloches de ses églises, utilisées alternativement pour les deux usages.
Les cloches lyonnaises les plus volumineuses pouvaient être "bridées", c'est à dire qu'en dehors des sonneries de volée, leurs battants étaient munis d'un système de cordes permettant le tintement.
Assis sur un haut tabouret, le "maître-sonneur" lyonnais pouvait s'attacher quatre de ces cordes aux pieds et aux mains, exécutant de la musique rudimentaire, mais très rythmée. Cette pratique se répandit dans toute la France, et se maintient encore en certaines campagnes. Au XIVe siècle, les "appeaulx" automatiques (appels) tintèrent suivant le système des boîtes à musique sur les clochettes de certaines horloges parisiennes, précédant le tintement des heures sur une cloche plus volumineuse, en vue d'attirer l'attention des passants, et de faciliter l'audition du nombre exact de coups.
Toutes les municipalités suivirent l'exemple de Paris, comme les paroisses avaient suivi celui de Lyon. Tandis que les beffrois égrenaient les heures et leurs fractions, Jehan des Bacques reprenait en 1381, les " clipotiaux" des batteleurs de cloches, inaugurant officiellement, au beffroi de Douai, la fonction de "maître carillonneur" sur de vraies cloches d'horloge ou sonneries importantes (10 cloches).

Le carillon d'Alost, en Belgique, semble être, à la fin du XVe siècle le premier carillon complet comprenant plusieurs gammes de cloches fixes, ne servant qu'à cet usage. Pour le faire entendre, naquit aussi le premier mécanisme de cylindre clouté, inspiré des horloges, et adapté à cet usage. C'est en 1510 que les clipotiaux cédèrent la place au clavier avec transmission appropriée aux battants des cloches. C'est en Belgique qu'apparut en 1583 le premier clavier de pédales ou pédalier, relié, comme pour les orgues, aux notes les plus graves.
À l'aube du XVIIe siècle, le carillon était un instrument parvenu à un ensemble de caractéristiques générales qui allaient devenir des normes : instrument de musique aérien composé de cloches fixes formant gammes, dont les battants sont reliés aux touches d'un clavier et d'un pédalier, et qui peuvent être munies de marteaux supplémentaires actionnés par un système automatique.

L'apogée
Le XVIIe siècle et surtout le XVIIIe siècle, marquent l'apogée de l'Art Campanaire. On sait que J-S Bach carillonna à Mulhausen. Haydn, comme peut-être auparavant Clérambault, Couperin et Daquin étaient aussi carillonneurs. De cet âge d'or datent les carillons de Malines en Belgique (1674) et de Saint-Paul de Lyon
(1629). Auteur des meilleurs instruments de la renaissance, les frères Pierre et François Hemony, maîtres fondeurs de cloches lorrains, doivent être cités comme artisans du triomphe du "carillonnage" au XVIIe siècle. On peut citer également le belge Melchior de Haze.

Déclin
1789... les années sombres pour l'art campanaire. Convertis en canons ou en gros sous, les jolis carillons, comme les belles cloches de sonneries, ont cessé de chanter, et ont disparu sous la tourmente.
Quand il fut question, au XIXe siècle, et au début du XXe siècle de ressusciter les ensembles campanaires, l'art de la fonte était perdu. Tous les carillons nés à cette époque n'ont fait que desservir l'art campanaire, par la médiocrité de leurs sons et leur épouvantable fausseté. Seul, en France, le carillon de Saint-Amand les Eaux, historique, échappa au désastre et put servir d'étalon. Cette période de décadence devait pourtant voir l'éclosion d'un certain nombre de réalisations
qui sont parvenues, en partie, jusqu'à nous : Carillon de Notre-Dame en Vaux de Châlons en Champagne ; Carillon de Châtellerault ; Carillon de Perpignan...
Mais la guerre de 1914-18 surviendra et démolira un certain nombre de carillons du Nord. Après la tourmente, on entrera dans l'ère des reconstructions, voire même des nouvelles implantations.
Ex : Carillon de N-D de Liesse (Aisne) ; Carillon de la cathédrale de Rouen (Seine Maritime), de l'Hôtel de Ville de Lyon (Rhône), de la cathédrale N-D de la Treille et de l’Église du Sacré-Coeur de Lille (Nord), de l'Hôtel de Ville de Saint-Quentin (Aisne) etc..

Renaissance
En 1931, le fameux Maître-carillonneur Maurice Lannoy, descendant direct de ceux qui animèrent depuis plus de deux siècles le carillon de Saint-Amand les Eaux, obtint des Monuments Historiques l'autorisation de faire installer à la Collégiale St-Piat de Seclin (Nord) un carillon anglais, de justesse parfaite. Ce carillon, fondu par Gillett et Johnston, marqua le point de départ d'une renaissance campanaire.
L'année suivante était installé, à l'Hôtel de Ville de Bailleul (Nord), un carillon belge de 35 cloches, dû au fondeur Michiels de Tournai. En 1936, les maîtres fondeurs Paccard, d'Annecy (74), triomphèrent en fournissant le premier carillon parfait, juste et homogène à l’Église St-Nicaise de Reims (Marne).
Hélas, arriva la guerre de 1939-45, qui allait, elle aussi, apporter sa part de ravages dans nos beffrois et carillons du Nord. Néanmoins, de nouvelles réalisations, chaque fois plus justes, plus cristallines, plus parfaites, plus sonores et plus homogènes, purent voir le jour, avant, pendant et après les hostilités.

Dans les années qui suivirent la libération, fut créée l'Association des "Amis des Cloches et des Carillons de France", sous la présidence d'honneur de Pierre Mac Orlan. Elle regroupait l'ensemble des carillonneurs français de l'époque. Et le programme de construction ou agrandissement d'instruments continua (Collégiale de Saint- Amand les Eaux ; Beffroi de Béthune ; Hôtel de Ville de Douai ; Église St-Christophe de Tourcoing ; Église St-Nicolas d'Avesnes ; Beffroi de Bergues ; Beffroi de Dunkerque ; Église St- Pierre et St-Paul de Maubeuge, etc..)
Fondée par Jacques Lannoy (neveu de Maurice), à Douai en 1972, la "Guilde des Carillonneurs de France" succédait à l'ancienne société des "Amis des Cloches et des Carillons", dissoute en1966 à Blois. À cette époque, un premier projet d'école de carillon fut déposé, mais ne vit qu'une réalisation locale, dans le cadre de l’École de musique de Saint-Amand-les-Eaux ; l'enseignement du carillon y fut mis en place en 1962, sous la direction d'Alfred Dubois, carillonneur de la ville.
Il fallut attendre 1971 pour voir ouvrir l' Ecole Française de Carillon, dans un cadre associatif. Dirigée par Jacques Lannoy, elle ouvrit à Tourcoing, fut dédoublée à Douai en 1976, où elle fut finalement transférée . En 1981, fut construit par la fonderie Paccard, le carillon ambulant de Douai – Nord-Pas de Calais, destiné "à l'étude et à la démonstration publique de la technique du carillon".
Dans les années 1960, on allait assister à un formidable essor de l'art campanaire en Bourgogne, sous l'impulsion d'Henri Garnier, principal carillonneur de cette région. Dans les années 70, ce mouvement allait gagner la région du Sud-Ouest, peuplée de quelques 130 petits carillons de 10 à 12 cloches, dont certains allaient servir de base à des installations plus importantes (N-D de la Platé à Castres (Tarn) ; N-D de la Drèche, près d'Albi (Tarn) ; Église St- Vincent de Carcassonne (Aude) ; Cathédrale de Pamiers (Ariège) etc...
L'année 1993, verra l'installation du plus grand carillon européen, à Chambéry (Savoie), avec ses 70 cloches Paccard.
Les réalisations les plus récentes ont été implantées dans le Nord (ex : Beffroi de Capelle la Grande (48 cloches) ; Eglise St-Vaast d'Hondschoot (61 cloches).

Additif : Un héritage
Dans sa pratique contemporaine, la culture française de l'art du carillon a été marquée par la personnalité d'un maître reconnu, Jacques Lannoy, lui-même héritier spirituel à la fois d'une famille de grands carillonneurs du nord de la France, et de l'école de Malines, donc d'un savoir-faire français et flamand dans la pratique du carillon.
La classe de Jacques Lannoy, à Tourcoing, puis à Douai, a formé de nombreux carillonneurs, issus de toutes régions de France. Cet enseignement a permis de transmettre une technique, un geste, une sensibilité nouvelle dans le jeu du carillon, qui a pu trouver sa place aux côtés de celles issues des traditions locales et
régionales. Plusieurs élèves diplômés de cet enseignement, ont pu, eux-mêmes, créer des classes de carillon régionales .
L'école française de carillon a toujours eu un rayonnement au-delà des frontières dans le cadre de cours de perfectionnement destinés aux étudiants issus des cours de carillon à l'étranger (et particulièrement aux carillonneurs américains).

- Plaquettes

- Portes-ouvertes

- Exposition

- Festival

- Site internet

- Autre: enregistrements, vidéos

 

- Plaquettes : Édition, en de nombreux lieux de pratique campanaire, de monographies et dépliants de présentation des instruments et des saisons musicales qui leurs sont attachées

- Portes-ouvertes : Organisation (quand les conditions de sécurité le permettent) de visites des beffrois, clochers et carillons dans le cadre des animations Villes d'Art et d'Histoire, ou dans les cadres associatifs liés à la tradition campanaire locale. (particulièrement lors des journées du Patrimoine).
Organisation de visites sur les sites de réalisation : fonderies ; facture de carillons.

- Expositions :

- Expositions permanentes au sein de musées locaux ou régionaux consacrés à l'Art Campanaire.
ex : Musée du carillon de l'Eglise St Christophe de Tourcoing (Nord), Musée du carillon de Dijon (Côte d'Or), Centre-Musée campanaire européen de l'Isle-Jourdain (Gers), Musée campanaire de Magalas (Hérault)
- Expositions permanentes associées aux entreprises de factures de cloches et carillons.
ex : Musée campanaire de la Fonderie Bollée à St-Jean de Braye (Loiret), Musée campanaire de la Fonderie Cornille-Havard à Villedieu les Poeles (Manche), Musée campanaire de la Fonderie Paccard à Sévrier (Haute Savoie)
- Exposition itinérante : "Campana" réalisée par l'ARPAC - Orchies – (Nord)

- Festivals : De nombreux festivals de carillon sur tout le territoire, en particulier pendant la saison estivale (ex : Perpignan ; Dijon ; Hondschoote ; Tourcoing ; "week-end carillonnant" à Saint-Quentin, etc...)

- Enregistrements et vidéos :
De nombreux enregistrements historiques de cloches et carillons (c.f. : collection de la Guilde des Carillonneurs de France).
Enregistrements de concerts de carillons sur C.D.:
ex : Enregistrements sur le carillon de Douai et le Carillon ambulant de l'ARPAC

Nombreuses vidéos sur les sites internets des associations campanaires régionales .
ex : Site de "Carillon en Pays d'Oc"

Films réalisés pour la télévision :
ex : "Au fil des cloches" Byzance Film – FR3 et RTBF Film de Didier Lannoy.
"Angélus "Antenne 2 (1987) Film de Didier Lannoy
Autres : " Rencontres Picardes" (Carillon et Patrimoine social et industriel à Saint-Quentin)
Comité Régional du Tourisme Picard – Film de François Maillard

- Sites internet :

- de la Guilde des Carillonneurs de France
- de la Fédération Mondiale du Carillon
et de nombreux sites campanaires régionaux.

La connaissance et la reconnaissance de la culture du carillon dépendent d'entités très diverses, logistiquement et financièrement.
Le financement de la construction d'un instrument, ou de son entretien, repose dans la grande majorité des cas sur les collectivités locales, propriétaires. Dans le cas d'ensembles campanaires installés sur des édifices religieux, il est parfois assuré par le diocèse, ou un autre organisme communautaire. Ce sont, le plus souvent également, les propriétaires des instruments qui prennent en charge le salaire ou les indemnités des carillonneurs, lorsque ceux-ci ne sont pas bénévoles.
L'animation des ensembles campanaires, et en particulier des carillons, est fréquemment relayée par l'action d'associations locales ou régionales, pour la promotion des manifestations, l'organisation des concerts et toute activité liée à l'instrument.

Exemples d'associations régionales :
- Association « Carillon en Pays d'Oc » ;
- Association du Carillon Rhonalpin ;
- ARPAC (Association Régionale de Promotion de l'Art Campanaire), à Douai.

Au niveau national, la « Guilde des Carillonneurs de France » (G.C.F.), fédère les acteurs du monde campanaire. La Guilde des carillonneurs de France appartient elle-même à la Fédération Mondiale du Carillon (FMC).
La reconnaissance de la culture du carillon dépend également directement de l’État dans le domaine de l'enseignement, par la création de classes de carillons au sein de conservatoires municipaux, départementaux ou régionaux.
Ex : Classes de carillons des conservatoires de Douai, Tourcoing, Saint-Amand-les-Eaux, Pamiers, Perpignan...

1/ Parmi la nombreuse bibliographie campanaire:

-  PALUEL-MARMONT, 1953. Cloches et carillons, éd SEGEP, Paris.

- GOQUET J., 1958. Le carillon, des origines à nos jours, éd. Le Cerf-Volant.

- (COLLECTIF), 1988. Beffrois et carillons ; Région Nord-Pas de Calais, éd. ASSECARM.

-  RAMA J-P., 1993. Cloches de France et d'ailleurs, éd. Le Temps Apprivoisé.

- (COLLECTIF), 1992. Actes des 1ères journées nationales de campanologie, éd. Association des amis du Carillon,Châlons sur Marne.

- SUTTER Éric, 1993. La grande aventure des cloches, éd. Ouest France.

- ROBINAULT-JAULIN A., 2003. Cloches, voix de Dieu, messagères des hommes, éd. Rempart.

- GOURIOU Hervé, 2006. L'art campanaire en occident, éd. Du Cerf, Paris.

- LEFÉBURE Christophe, 2009. Les clochers, éd. Ouest France.

- GONON Thierry, 2010. Les cloches en France au Moyen-âge, éd. Errance.

- BURON T.; BARRUOL A.; DARNAS I., 2010. Regard sur le paysage sonore : Le patrimoine campanaire, éd. Acte Sud.

- Bulletin de liaison "L'Art Campanaire" - Guilde des Carillonneurs de France (72 numéros, depuis 1972)

2/ Des ouvrages – inventaires:

- GARNIER H., 1985. Les carillons de France, éd. Ass. des amis du carillon, Dijon.

- Ensembles campanaires en Rhônes-Alpes (Inventaire), éd. Comp'Act, 1994.

- Index général des fondeurs de cloches ayant exercé sur le territoire français depuis le Moyen-Âge jusqu'à nos jours, éd. Soc. Française de Camponologie – 1995

- (COLLECTIF), 1997. Art Campanaire en Nord-Pas de Calais, éd. Domaine Musiques.

Chant des cloches ; voix de la terre, éd. Les Presses du Languedoc - 2000 (Carillons et traditions campanaires en Languedoc Roussillon)

Film documentaire :
"Au fil des cloches" Byzance Film – FR3 et RTBF Film de Didier Lannoy.
Lien

1/ Des carillons manuels classés au titre des Monuments Historiques, et toujours actuellement en activité musicale :

- Carillon de Saint-Quentin (02) -1er quart du XXe - (MH-1993)

- Carillon de Carcassonne (11) -XVIIIe au XXe - (MH-1992)

- Carillon de Châtenay (38) – XIXe - (MH-1993)

-  Carillon d'Arbois (39) – XVIIIe – (MH-1992)

- Carillon de Châlons en Champagne (Égl. N-D en Vaux) (51) – XIXe – (MH-1994)

- Carillon de Bailleul (59) – XIXe – (MH-1992)

- Carillon de Hesdin (62) – XVIIe – (MH-1992)

- Carillon de Perpignan (66) – XIXe – (MH-1992)

- Carillon de Le Creusot (71) – XIXe – (MH-1996)

- Carillon de Châtellerault (86) – XIXe – (MH-1992)

2/ Dispositifs créés par les différents organismes campanaires (Guilde des Carillonneurs de France, et associations régionales), pour

A/ Transmettre un savoir-faire:

- Favoriser l'étude du carillon dans les écoles reconnues pour cet enseignement, par la diffusion d'informations présentant les différents lieux et modes d'apprentissages, par le biais, notamment, d'un site internet.
(Alors que les possibilités d'études des autres instruments, particulièrement des instruments de l'orchestre, sont connues et reconnues du grand public, un gros travail de sensibilisation reste à effectuer pour la connaissance des lieux d'enseignement du carillon, des cursus d'études, etc.).

- Encourager l'achat de claviers d'étude de carillon dans les conservatoires, et la création, par conséquence, de cours de carillon "délocalisés".
(Si, par le passé, la fonction de carillonneur était attachée, de manière sédentaire, à un lieu, actuellement les modes de vie obligent à une mobilité géographique. Il est donc important de multiplier les lieux d’étude de carillon, ainsi que de former davantage de carillonneurs).

- Organisation de stages de formation et perfectionnement de la part d'associations campanaires sur le modèle de ceux proposés par l'association "Carillon en Pays d'Oc".

- Organisation d'un examen national d'interprétation, ouvert aux élèves des classes de carillon et aux individuels.(cf: examen national annuellement proposé par la G.C.F.).

- Mise à disposition de partitions pour les étudiants et tous les carillonneurs (utilisation notamment de la collection de partitions appartenant à la G.C.F.) et mise en réseau progressive de ces partitions sur le site internet.

B/ Promouvoir la culture du carillon:

- Organisation de manifestations campanaires pouvant comprendre concerts de carillon, présentation de l'instrument, rencontre avec le carillonneur.

- Organisation de rencontres régionales ou nationales autour de thèmes concernant la culture campanaire (avec intervention de professionnels dans le domaine de la facture, de l'acoustique, de la conservation…).

- Diffusion des dates et lieux de concerts et festivals campanaires par le biais du site internet, ainsi que par l'intermédiaire d'un bulletin de liaison.

-  Encouragement et aide à la réalisation de concerts pour diverses formules instrumentales faisant intervenir le carillon (carillon et orchestre d'harmonie ; carillon et formation de jazz ; concert pour deux carillons ; carillon et chœur ; carillon et danses traditionnelles…).

-  Encouragement auprès des carillonneurs et autres musiciens, à l'écriture ou à l'adaptation de nouvelles pièces pour carillon, afin d'assurer un renouvellement du répertoire.

-  Encouragement des municipalités et associations campanaires à la promotion de leur instrument, de leur(s) carillonneur(s), et à l'organisation de concerts avec des carillonneurs invités.

-  Édition d'une liste mise à jour périodiquement, des carillonneurs susceptibles d'être invités pour des animations sur les sites campanaires.

C/ Préserver une mémoire:

- Organisation de rencontres, de colloques sur l'art campanaire et l'histoire du carillon, avec édition des actes.

- Recherche et mise à disposition d'archives sonores et écrites concernant le carillon et les traditions campanaires.

D/ Préserver et promouvoir l'instrument:

- Encouragement des propriétaires de carillons ou autres ensembles campanaires (collectivités, diocèse..) à l'effort d'entretien des instruments.

- Conseil auprès des propriétaires (en accord avec le titulaire de l'instrument, si titulaire il y a), dans le cas de travaux à effectuer sur l'instrument ou sur son environnement proche, en particulier dans le cadre de projets de transformations profondes dans le mode de commande ou de transmission de cet instrument.
(Il s’agit surtout de préserver les instruments manuels contre des mesures de modifications destructrices et irréversibles prises au nom de l’électrification et du progrès technique, que l’on a pu déplorer en de nombreux cas. La menace existe toujours).

- Organiser des rencontres et des manifestations de sensibilisation sur certains sites, pouvant déboucher sur des décisions de financement de restaurations d'instruments.

- Mener, en liaison avec les experts habilités, des réflexions au cas par cas, dans le cadre de restaurations à effectuer sur certains instruments.(Certains dossiers pouvant déboucher sur des protections d’instruments anciens dans leur spécificités d’origine, d’autres sur une reprise technique complète, suivant des normes contemporaines).
Dans ce cadre d’action, et pour une préservation de la diversité de la pratique campanaire, il appartient aux Maîtres d’Ouvrage de veiller à l’objectivité et à la neutralité de ces experts vis-à-vis des financeurs et acteurs locaux.

E/ Échanger:

- Promotion des échanges dans le domaine des techniques et du répertoire campanaire, par des rencontres entre carillonneurs et l'invitation de concertistes.

- Ouverture des frontières du jeu du carillon par la mise sur pied de manifestations interfrontalières (cf. le festival interfrontalier en Flandres Occidentale et en France)

Personne(s) rencontrée(s)

Francis CRÉPIN
Président de la Guilde des Carillonneurs de France
Carillonneur titulaire de l'Hôtel de Ville de Saint-Quentin (02)

Localisation (région, département, municipalité)

L'art du carillon se pratique dans la plupart des régions de France, en particulier dans les Hauts-de-France, la Champagne, la Bourgogne, la région Rhône-Alpes, et le Pays d'Oc.

Adresse : 39, rue du Tour de Ville
Ville : Francilly-Selency
Code postal : 02760

Téléphone : 03 23 64 21 23 / 06 81 07 69 05
Adresse de courriel : francis.crepin02@sfr.fr
guilde-carillonneurs-france@laposte.net
Site Web 

Indexation : France / carillon / Art campanaire

Date de la fiche d’inventaire : 12 mars 2012
Nom du rédacteur de la fiche : Francis CRÉPIN

N° d'inventaire Ministère Culture : 2012_67717_INV_PCI_FRANCE_00292
Identifiant ARK : ark:/67717/nvhdhrrvswvk2dh

Comment contribuer à l'inventaire : la méthode : http://pcilab-new.huma-num.fr/contribuer
Accéder à la fiche sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Carillon

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