La tapisserie d'Aubusson

La tradition de la tapisserie d’Aubusson et de Felletin existe depuis presque six siècles.

La tapisserie est le résultat de l'entrecroisement (ou l'entrelacement) de deux sortes de fils : les fils de chaînes disposés dans le sens de la longueur (l'ourdissage) - les fils de trame disposés dans le sens de la largeur (tissage).

Date de création : 1952
Nombre total de personnes actuellement occupées dans l’entreprise : 90 personnes salariées en France dont 30 pour la production de tapisseries à Aubusson. La Manufacture emploie aussi 5 cartonniers et 3 lissiers indépendants à Aubusson. 90 personnes employées pour le tissage de tapisseries en Tunisie.

- Carton : le travail commence toujours par l'élaboration du carton, un modèle qui sert à réaliser la tapisserie. Le carton en papier sera de la même grandeur de la tapisserie à réaliser et chaque numéro indiqué correspondra à une couleur.

Nombre de personnes dédiées à cette phase : 5

- Sélection des laines : les laines sont sélectionnées et colorées selon les besoins spécifiques. Le lissier se refournie des couleurs dont il a besoin, les couleurs sont généralement mélangées pour avoir la nuance désirée. La manufacture dispose de 990 couleurs de laine en référence, plus d’autres couleurs pour des pièces uniques.

Nombre de personnes dédiées à cette phase : 3

- Tissage : le lissier exécute son travail sur un métier horizontal. La tapisserie résulte de l’entrecroisement de la chaîne, nappe de fils de coton fortement tendue entre les deux ensouples, et de la trame formée par le travail des fils de laine. L’œuvre du lissier est affaire de patience dans ce long cheminement de transposition du modèle représenté à l’envers sur le carton, au rythme de l’ouverture alternative des fils de chaîne, pairs et impairs, commandée par des pédales actionnées par l’artisan. Cette rythmique s’accompagne du glissement des flûtes, petites navettes de bois, sur
lesquelles sont enroulés les fils de laine ce qui donne la trame, reproduction du modèle établi à l’envers. Un grattoir métallique et un peigne en bois actionnés à chaque "passée" permettent d’obtenir un tissage particulièrement serré, conférant à l’œuvre achevée cette texture caractéristique de toute tapisserie

Nombre de personnes dédiées à cette phase : 21

- Finitions : lorsque la tapisserie, tissée à l’envers, est entièrement terminée, le lissier procède à la "tombée du métier". Cette opération de coupe permet enfin de voir apparaître la tapisserie de face. Au stade de la finition, la signature et la marque de l’atelier sont tissées sur l’endroit et, sur l’envers le numéro de l’exemplaire. La couture de relais, la pose de la barre d’accroche et du certificat constituent les dernières opérations, avant l’accrochage définitif de l’œuvre.

Nombre de personnes dédiées à cette phase : 8

- Certificat : la tapisserie est munie d’un bolduc, cousu au dos – certificat revêtu du nom de l’atelier, de celui de l’auteur, du carton et de sa signature, de la date d’exécution de la tapisserie ainsi que son format, de son titre et de son numéro de tissage.

Mode d’apprentissage (diplômes, formation en entreprise…) : Mobilier National et Manufactures Nationales des Gobelins de la Savonnerie et de Beauvais / École Nationale Supérieur d'Art de de Design Limoges Aubusson - ENSA / Le métier du lissier s’apprend en entreprise. Trois ans sont nécessaires pour maîtriser toutes les étapes de la production.

- Laine : la laine vient principalement d’Australie. Le principal fournisseur est la Filature Terrade de Felletin. La qualité est toujours bonne et le fournisseur le même depuis 40 ans. La filière laine en Limousin est un secteur qui marche bien et d’importantes entreprises y travaillent encore.

Un outil dure généralement toute la carrière d’un lissier. On s’habitue à utiliser le même objet.
L’outil devient l’image de l’ouvrier.
Les outils principaux sont : métier de basse lisse, métier de haute lisse, peigne, grattoir, miroir, poinçon.
Le peigne est un outil très spécifique du métier et qu’on peut encore faire fabriquer par un menuisier local.

- Tapis, Tapisseries (8 exemplaires par chaque carton d’artiste), Tapis de savonnerie, Canevas, Sérigraphies

La manufacture a tissé 435 tapisseries de lisse en 2008, elle a édité 67 nouvelles œuvres en 2008. Les œuvres sont fournies par une soixantaine d’artistes et adaptées à la tapisserie par 5 artistes cartonniers qui conçoivent le carton numéroté et le chapelet des couleurs de laine.

L’atelier est situé à Aubusson, un centre important et reconnu pour la production de tapisseries.
Seulement les tapisseries y produites pourraient s’appeler "Aubusson", nom qui marque un lien important avec le territoire et ses savoir-faire L’atelier est situé à Aubusson, un centre important et reconnu pour la production de tapisseries. Seulement les tapisseries y produites pourraient s’appeler "Aubusson", nom qui marque un lien important avec le territoire et ses savoir-faire ancestraux.
Depuis 1993, une partie des tapisseries est tissée en Tunisie. Seul le tissage est réalisé en Tunisie. Les cartons sont réalisés par les cartonniers aubussonnais, la laine est filée et teinte à Aubusson. Les produits tissés en Tunisie ont une marque et des prix différents de ceux tissés à Aubusson, ce qui permet de diversifier l’offre. Il ne s’agit pas d’une délocalisation mais de la création d’un atelier de tissage supplémentaire. L’atelier d’Aubusson et ses effectifs ont été conservés et même développés pour les besoins de l’atelier tunisien. Cette implantation en Tunisie donne à la manufacture d’Aubusson les moyens de continuer son activité et de transmettre son savoir faire à des apprentis aubussonnais.

La manufacture Four organise des formations en interne pour des jeunes qui souhaitent apprendre le métier et dont ils auront besoin pour leur activité de production. La formation est faite en interne car l’école d’Aubusson a cessé de former des lissiers. De nouveaux dispositifs de formation devraient être créés, adaptés au besoin du marché, des entreprises et des apprentis.
La formation d’un apprenti est coûteuse et risquée. En effet, le coût de la rémunération de l’apprenti, de son formateur et de l’infrastructure n’a pas de contrepartie en production. Un apprenti ne produit pas de tapisserie commercialisable avant un an et demi de formation et il n’arrive au niveau de productivité des autres ouvriers qu’après trois ans de pratique. Enfin, sur 4 apprentis embauchés en 2007, un seul a terminé sa formation et rien ne l’oblige à travailler pour la Manufacture Robert Four.
L’âge moyen des lissiers de l’entreprise commence à poser un problème de transmission des savoir-faire. Des formations en interne ont permis une transmission transversale des savoir-faire pour rendre le personnel plus polyvalent. La Manufacture espère former suffisamment d’apprentis pour sécuriser la transmission du savoir faire mais elle a des difficultés à trouver des apprentis motivés et assurer la relève sera plus long et plus coûteux qu’elle l’envisageait. Le savoir faire des faiseurs de chair en particulier ne pourra pas être transmis sans faire appel à des lissiers déjà retraités. Il est en grand danger d’extinction.

En cas d’échec, la Manufacture n’aura pas d’autre solution que de convaincre certaines de ses lissières tunisiennes à venir s’installer à Aubusson. En effet, pour conserver son identité, la Manufacture Robert Four doit absolument conserver son atelier de tissage à Aubusson et le savoir faire des lissiers.

La tradition de la tapisserie d’Aubusson et de Felletin existe depuis presque six siècles. Malgré les périodes de crise, ils constituent les seuls centres de production de tapisserie restés en activité depuis aussi longtemps.
Plusieurs événements concoururent au développement et au rayonnement de la tapisserie marchoise. En 1610, Henri IV interdit l’entrée en France des tapisseries étrangères. En 1665, Colbert octroie des lettres patentes aux ateliers d’Aubusson, et ceux-ci portent désormais le titre prestigieux de "manufacture royale". En 1689, Felletin obtient, à son tour, ce privilège, tout en conservant le statut d’atelier privé.

Fondée en 1952 par Robert Four, la Manufacture d’Aubusson perpétue dans ses ateliers l'art traditionnel de la tapisserie et du tapis de lisse. Malgré le déclin de la tapisserie à Aubusson et en France, l’activité de la manufacture continue de se développer. Sa progression actuelle repose sur un fichier de 30000 clients, un budget publicitaire de 1,2 Millions d’euros et un important effectif commercial (40 salariés sur 90). Ces moyens commerciaux considérables pour la taille modeste de l’entreprise ont permis de prendre en 2008 les commandes de 539 tapisseries de lisse et 42 tapis pour un chiffre d’affaires de 8,2 Millions d’euros à livrer en 2009.
L’actuel dirigeant de la Manufacture, Pierre-Olivier Four, a succédé à son père Robert Four en 1996.

L’informatique a été intégrée dans la phase initiale d’étude et de reproduction des cartons de tapis à l’échelle. Grâce à cette technologie, les maquettes et les devis pour les clients sont réalisés très rapidement et des modifications peuvent être apportées avec un coût minimum pour l’entreprise. En outre, les coûts de cette phase du cycle productif ont énormément diminué et les cartons créés sont beaucoup plus lisibles par les lissiers.
Pour la tapisserie, l’informatique peut intervenir dans la phase de création de l’œuvre par l’artiste mais elle n’est pas utilisée pour modifier l’œuvre selon les souhaits du client car on ne peut pas modifier une œuvre originale sans l’intervention de l’artiste. D’autre part, l’informatique n’apporte rien dans l’adaptation de l’œuvre à la tapisserie au moyen du carton numéroté. En revanche, la reprographie couleur est très utile pour agrandir les maquettes sur lesquelles va travailler le cartonnier et reproduire les cartons numérotés à l’échelle.

- Réseau de vente en France de 40 commerciaux salariés repartis sur le territoire national et une galerie à Paris

- Participation à la Biennale de la décoration et depuis la disparition de cette dernière au salon maison et objet

- Budget Marketing Direct de 1,2 Millions d’€ en 2009 pour réaliser 10 Millions de contacts

- Articles de presse et ouvrages sur la manufacture

- Statut d’œuvre d'art originale reconnue par l’État, pour les tapisseries tissées à la main d'après une œuvre contemporaine. Ces tapisseries sont authentifiées par la signature de l'artiste ou de ses ayant droits et sa production est limitée à 8 exemplaires numérotés.

La manufacture d’Aubusson a une vaste collection de maquettes et de cartons. Néanmoins ces derniers sont la propriété de l’artiste qui les a créés et ne sont donc pas toujours conservés par l’entreprise. Depuis quelques années, la Manufacture conserve les photographies des tapisseries qu’elle produit dans une base de données d’images numériques.

- FOUR Robert. Savoir l’essentiel sur la Tapisserie

- Film de 20 mn décrivant tout le processus de production d’une tapisserie

- Label Entreprise du patrimoine vivant

- Annuaire SEMA

- Création d’une cité de la tapisserie à Aubusson dans les anciens locaux de l’ENAD

Personne(s) rencontrée(s)

- Daniel Dionnet

- Pierre-Olivier Four, actuel dirigeant de la manufacture

Localisation (région, département, municipalité)

Limousin, Creuse, Aubusson

Adresse : 7, rue Madeleine
Ville : Aubusson
Code postal : 23200

Téléphone : 05 55 66 15 70
Site Web 

Indexation : Tapisserie de basse lisse

Dates et lieu(x) de l’enquête : 26 novembre 2008, Aubusson
Date de la fiche d’inventaire : 25 février 2009 (Pierre-Olivier Four)
Nom de l'enquêteur ou des enquêteurs : Francesca Cominelli
Nom du rédacteur de la fiche : Francesca Cominelli et Pierre-Olivier Four
Supports audio : oui
Photographies : oui

N° d'inventaire Ministère Culture : 2008_67717_INV_PCI_FRANCE_00035
Identifiant ARK
: ark:/67717/nvhdhrrvswvk2w3

Comment contribuer à l'inventaire : la méthode : http://pcilab-new.huma-num.fr/contribuer
Accéder à la fiche sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tapisserie_d'Aubusson

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